E-réputation sur Internet / réseaux sociaux : Interview avec Ilana SOSKIN

Jérôme CHERQUI : Bonjour Ilana, et tout d’abord merci de prendre le temps de répondre à ces quelques questions. Avant d’aller plus loin, pouvez-vous nous faire une rapide présentation de votre parcours et de votre cabinet ?

 Ilana SOSKIN : Bonjour Jérôme. Je suis avocat au Barreau de Paris depuis 2004. Après avoir exercé plusieurs années dans des cabinets spécialisés en droit des nouvelles technologies et de la propriété intellectuelle, j’ai décidé de fonder mon propre cabinet, le cabinet SOSKIN AVOCATS, en 2010. Mon cabinet est dédié au droit des médias et de la communication. Mon objectif est d’être 100 % disponible et à l’écoute de mes clients. D’adopter une stratégie personnalisée propre à chacun pour répondre à leur besoin spécifique. D’être leur interlocuteur unique et surtout d’être réactive.

 J’enseigne le droit de la presse dans trois Master 2 spécialisés et notamment dans le M2 « Droit Innovation Communication Culture » dirigé par le Professeur Pierre SIRINELLI au sein duquel j’ai fait mes premières armes comme étudiante il y a déjà presque 20 ans !

 Dans la pratique, mon activité s’est beaucoup recentrée ces dernières années autour de l’e-réputation. Je représente aussi bien des particuliers que des chefs d’entreprises, des sportifs ou des artistes, ou encore des intellectuels et personnalités politiques que je défends pour toutes les problématiques de réputation auxquelles ils sont confrontés.

 Depuis, et fort de cette expertise, je suis régulièrement consultée par l’Assemblée Nationale ou d’autres organismes publics au sujet des réformes juridiques tenant à cette matière.

Ilana SOSKIN 

Avocat au Barreau de Paris spécialisé dans le droit du numérique et des nouvelles technologies.

JC : Passons maintenant au sujet de l’e-réputation, et essayons d’être pragmatique et méthodique. En quoi consiste l’e-réputation pour un avocat ?

I.S. : La multiplication des réseaux sociaux, des blogs, des plateformes d’avis et autres sites contributifs offre aux internautes la possibilité de s’exprimer sur tout et sur tout le monde. La réputation d’une personne ou d’une entreprise peut donc très rapidement être entachée, et ce, de manière virale.

 L’avocat agit souvent en complément des agences d’e-réputation. Mon objectif est toutefois différent car il vise surtout à faire supprimer définitivement les contenus néfastes (avis négatifs, articles diffamatoires ou injurieux, photos compromettantes, etc.). J’agis également auprès des moteurs de recherches et principalement Google pour obtenir le déréférencement d’articles ou d’images en application notamment du droit à l’oubli.

E-réputation interview Ilana Soskin

JC : Pourriez-vous nous faire part de quelques exemples d’atteinte à l’e-réputation auxquels vous avez été confrontée ?

I.S. : J’ai récemment défendu une société qui faisait l’objet d’une campagne de dénigrement extrêmement virulente par un concurrent qui émettait de faux avis sur Internet. J’ai donc mis en place les procédures nécessaires afin d’identifier l’auteur de ces avis, obtenir en urgence leur suppression, leur déréférencement de Google, ainsi que la condamnation de l’auteur des propos à indemniser le préjudice subi par ma cliente.

 Dans un autre registre plus cocasse, j’ai été contactée l’année dernière par un particulier qui avait été filmé dans le métro dans une situation compromettante. Cette vidéo, publiée sur les réseaux sociaux, était devenue virale et quelqu’un l’avait reconnu et identifié dans les commentaires. Si bien que la vidéo apparaissait en premier résultat de Google avec une recherche sur son nom ! J’ai effectué, en urgence, les démarches afin d’obtenir la suppression de cette vidéo sur l’ensemble des plateformes en ligne et, pour celles qui n’étaient atteignables juridiquement, le déréférencement par les moteurs de recherche.

 J’observe que de plus en plus de professionnels sont victimes de faux avis, d’avis négatifs voire dénigrants sur internet, de diffamation, d’injures ou encore de vague de harcèlement pouvant prendre la forme d’usurpation d’identité. Ces agissements leur causent un important préjudice et il est nécessaire de réagir très rapidement afin de stopper et limiter l’atteinte à leur e-réputation.

JC : Quelle est votre action en matière d’e-réputation ?

 I.S. : J’ai une action qui est extrêmement ciblée et chirurgicale. Elle réside tout d’abord et lorsque c’est possible en une action de suppression des contenus problématiques (images, propos, avis, sites, etc.). Elle se combine avec des procédures en vue d’obtenir le déréférencement auprès des moteurs de recherche (Google, Bing, Yahoo!, etc.), Il est également possible d’engager une procédure contentieuse afin d’identifier l’auteur des propos (qui profite souvent de l’anonymat apparent d’internet ou agit sous pseudonyme) et de le poursuivre.

 Globalement, il est possible de demander aux éditeurs de sites internet (ou aux hébergeurs, comme par exemple des sites d’avis ou des forums) de supprimer les propos qui portent atteinte à la réputation d’une société ou d’un particulier lorsque ceux-ci sont diffamatoires ou injurieux. Il en est de même des photographies de personnes mises en ligne sans leur autorisation ou encore des propos portant atteinte à la vie privée de particulier. Pour les particuliers, il est également possible d’invoquer le droit à l’oubli.  

Le cabinet maitrise parfaitement les techniques d’identifications sur internet. En cas de pseudonyme, nous mettons en place des procédures d’identification.

Puis, en fonction des cas et après une analyse précise des faits, le cabinet utilise le moyen juridique le plus solide pour fonder une action en suppression, en déréférencement et/ou demander réparation du préjudice aux auteurs.

JC : Quels sont vos conseils en cas d’atteinte à l’e-réputation ?

I.S. : Si des images, propos, d’avis faux ou négatifs, etc. ont été publiés à votre égard sur internet, il est essentiel de réagir rapidement car le délai de prescription est court. A mon sens, il ne faut pas se lancer seul dans une demande contreproductive qui pourrait aboutir à la prescription du délai d’action.

 Par ailleurs, en cas d’atteinte à l’e-réputation sur internet, il est primordial de faire constater les contenus problématiques par un huissier de Justice afin d’éviter la déperdition de la preuve, y compris sur Instagram par exemple, lorsque les propos sont publiés sous forme de « story » et disparaissent au bout de 24 heures. Je travaille principalement avec trois huissiers très réactifs, de telle sorte que je m’assure de ne rien laisser passer et de toujours avoir quelqu’un de disponible pour constater des messages éphémères.

Merci Ilana d’avoir participé à cette interview et de nous avoir éclairés sur l’e-réputation.

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